Depuis 2013, Johanna De Santis donne vie aux rêves les plus fous des enfants à travers des costumes faits main et durables. Installée au Luxembourg avec son atelier Spatz depuis 2022, cette créatrice passionnée transforme les tissus en véritables merveilles artisanales à garder de génération en génération. Ouvrons ensemble la malle aux déguisements...

Votre mission est, dites-vous, de « mettre un peu de magie dans le coffre à déguisements des enfants ». En quoi la magie que vous proposez est-elle différente de celle des costumes que l’on peut trouver ailleurs ?

La magie réside dans la façon dont chaque costume est conçu : avec créativité, soin et respect pour la planète. Chaque détail cousu à la main donne au vêtement une âme singulière, impossible à reproduire dans la production industrielle. Lors de la création d’un modèle sur mesure, les souhaits du parent ou de l’enfant sont intégrés avec attention au processus, garantissant une pièce à la fois personnelle et durable. Le résultat ? Un costume qui stimule l’imagination et résiste au temps, bien au-delà d’une seule aventure : une magie à chérir et à transmettre de génération en génération.

credit : Atelier Spatz - Johanna De Santis

En quoi votre démarche s’inscrit-elle dans une logique écoresponsable, tant dans le choix des matériaux que dans les techniques de fabrication ?

Le choix de tissus plus durables a été l’un des éléments clés qui m’ont poussée à créer des costumes pour enfants. Des matières comme le lin, le coton biologique, la laine, le Tencel ou le Cupro ne sont pas seulement meilleures pour la planète, elles le sont aussi pour notre peau et pour ma santé lorsque je les manipule. Tous ces matériaux sont renouvelables, biodégradables et souvent produits avec un impact environnemental moindre que les fibres synthétiques. Cela dit, je reconnais toutefois qu’il reste difficile d’éliminer complètement le polyester dans la confection de costumes. 

En matière de production, je m’appuie largement sur les principes de la slow fashion : création en petites séries ou à la commande pour éviter la surproduction, optimisation des patrons afin de réduire les chutes de tissu et réutilisation créative des restes pour fabriquer des accessoires ou des pièces en patchwork, tout en valorisant les stocks dormants et les tissus de récupération. Ces techniques traduisent une philosophie du zéro déchet, inspirée des pratiques artisanales traditionnelles, où chaque chute de tissu trouve une nouvelle utilité, y compris lorsqu’elle est donnée à mon professeur d’arts local

Vous expliquez vouloir créer des costumes faits pour durer : concrètement, comment y parvenez-vous ?

La durabilité et l’adaptabilité sont intégrées à mes costumes autant que possible. Des éléments ajustables comme des revers de manches rabattables, des panneaux élastiques ou des vêtements ouverts à l'avant permettent aux enfants de grandir sans cesser de porter leurs costumes. Je conçois également mes créations dans une optique de longévité en utilisant des coutures solides, des finitions de qualité et des coupes intemporelles pouvant se transformer d’un personnage à l’autre (pirate un jour, prince le lendemain). L’idée est qu’un costume évolue avec celui qui le porte, qu’il puisse être réparé facilement ou transmis et qu’il reste une source de jeu et d’imagination pendant de nombreuses années.

À l’heure où les déguisements se vendent en masse et se jettent tout aussi vite, votre approche semble une invitation à ralentir et à redonner du sens à l’objet que l’on choisit et garde ?

Absolument. Mon travail consiste à réinventer notre lien aux vêtements, un lien fondé sur l’appréciation, le soin et la créativité. En mettant l’accent sur la qualité plutôt que la quantité et en apprenant aux enfants comme aux parents à aimer et valoriser ce qu’ils possèdent déjà, j’espère contribuer à rompre avec la logique de consommation jetable. Cela passe par la reconnaissance de la polyvalence d’un vêtement mais aussi par le fait d'aider les enfants à comprendre le temps nécessaire pour créer quelque chose qui dure et la valeur du partage, lorsqu’un vêtement peut être transmis à un petit frère ou une cousine. Il m’arrive d’organiser des ateliers avec les enfants pour fabriquer un costume ou upcycler un vêtement. Ce sont des moments privilégiés pour insister sur cette idée. Il s’agit avant tout de ralentir, de célébrer le savoir-faire et de retrouver la joie dans les histoires que nos vêtements transmettent.

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